Comment est ce que je parviens encore à scruter mon image dans le miroir ?
Des yeux bleus me fixent intensément, fixent ce visage, ce corps, cette chair meurtrie qui se cache sous les vêtements.
Ferme les yeux m'ordonnais-je à moi même. Peut-être qu'ainsi tu auras le courage de retirer ces habits.
Non, non, non !!! Tais-toi ! Va-t-en !
Son rire cristallin résonne à l'intérieur de mon être. Les paumes de mes mains s'appuient contre mes oreilles. Il faut que cela cesse, que je poignarde, que j'assassine la bête qui m'habite.
Non, je suis forte. Un regard plus dur se pose sur moi. J'ôte mon tee-shirt, la man½uvre m'arrache une grimace de douleur.
Cela fait longtemps que j'ai cessé de compter les ecchymoses. Sous ma peau, les côtes saillent. Nombre de plaies peinent à se refermer, entailles profondes infligées par le mal-être qui s'est emparé de moi depuis que je suis entré dans ce quotidien de souffrances. Pas un seul centimètre de ma peau n'est épargné.
Je suis un cadavre vivant.
Je ne pense pas être capable d'entrer dans la cabine de douche, de me laver...Imaginer une seconde toucher cette chose me répugne.
Des pas se font entendre dans le couloir, je me jette sur la porte et la verrouille. Les mains plaquées sur ma bouche, j'attends.
" Qu'est ce que tu fous là dedans ?!! mugit-il. J'entends pas l'eau qui coule, mais tu fiches quoi merde ?! Ouvre moi ! Dépêche toi ! "
Il assène un coup de pied faisant trembler la porte de la salle de bain.
"- Je, je...Jjj...j'entrai dans la douche justement....Je sors..ddd..dans cinq minutes... balbutiais-je.
- Fais plus vite que ça ou je démonte la porte pour te foutre une raclée, menaça-t-il."
Les pas s'éloignent. Les battements de mon c½ur résonnent dans mon crâne, le souffle haletant, m'approchant de la douche je me mets en quête d'une idée qui pourrait m'épargner ce moment détestable.
Je ne trouve rien de mieux à faire que de faire pivoter le bouton d'eau froide au maximum, de refermer les pans coulissants de la cabine, et d'attendre patiemment à l'extérieur. Les cinq minutes s'écoulent lentement, je remets délicatement mon tee-shirt en prenant soin de toucher le moins possible ma peau, et je sors de la pièce. Quel soulagement d'être sortie de cet endroit.
Mon c½ur palpitant se calme à mesure que je m'éloigne. Je suis sur le point de toucher la poignée de ma chambre quand une force m'attrape par le col me faisant faire volte face.
Je n'ai pas le temps de voir le coup venir, le contact entre son poing et ma joue m'envoie valser contre le mur d'en face. Ma cage thoracique émet un craquement sourd, je n'ai plus la force de crier ma douleur, je suis habituée.
" Tu pues la pourriture ! Tu te fous de ma gueule hein ?! Sale petite peste va ! vociféra mon beau père."
La pourriture me semble le terme correct pour décrire le corps qui m'abrite, un corps en décomposition. Toujours acculée contre le mur, je tente de reprendre mes esprits, ma vue est trouble, des larmes de sang s'écoulent dans mon ½il droit. L'homme m'agrippe par mes cheveux me faisant relever la tête.
" Ark ! Dégueulasse ! J'ai mal visé, dommage pour ta gueule. T'es encore plus moche qu'avant !"
Sur ces paroles, il laisse échapper un rire sadique avant d'envoyer son genou dans mon abdomen. Un long cri de douleur sort de ma gorge.
Ses doigts immondes lâchent brutalement ma tête qui va s'écraser contre le sol. Un épais liquide chaud se répand hors de ma bouche tâchant le carrelage blanc de sa couleur pourpre.
Je vais mourir... par pitié, que je meurs...
Je reste étendue là pendant un moment, je ne sais pas combien de temps exactement, j'ai perdu la notion du temps, mais il revient avec des serviettes. M'enroule dedans.
Mais que va-t-il faire de moi ? Il paraît réfléchir, hésite. Serait-il doué d'une quelconque conscience ? Finalement il insère ma tête dans un sac plastique et entreprend de me porter jusque la voiture familiale.
La route est longue, je me demande où il m'emmène...pour une raison qui m'échappe je n'arrive pas à avoir peur, est ce que je me rends compte réellement de ce qui m'arrive ? J'ai du mal à respirer dans ce sac plastique, de plus mon sang se déverse peu à peu à l'intérieur. Je suffoque, en m'entendant l'homme jure et accélère.
Nous nous arrêtons bientôt dans une ruelle perdue, une ruelle qui croule sous les ordures. Peu à peu je comprends, je vais rejoindre ces immondices, tel est mon sort. Cela m'est égal, je souhaite juste que tout se termine. Il fait nuit, il n'a pas peur de se faire repérer. Avait-il tout calculer d'avance ? Ou avait-il profiter de l'absence de personne à la maison pour s'en prendre à moi. Maman ne m'aurait pas tué elle. Même si elle le laissait m'infliger ces tortures quotidiennes, elle ne voulait pas que je meurs. J'en suis sûre. D'ailleurs ma mère est surement la seule personne qui m'aimait après la mort de papa, même si elle aussi ne croyait pas à mon innocence. Nous étions lui et moi dans la voiture quand cela est arrivé. Je m'étais disputée avec lui, il s'était tourné vers moi pour me dire quelque chose, il avait juste détourné son attention de la route une seconde, pourtant cela avait suffit à le tuer. J'aurais préféré mourir à ses côtés, j'aurais eu le privilège de mourir heureuse. Ou alors je devais vivre cette situation pour être puni ? Oui, c'est ma faute, je l'avoue, j'ai tué papa. Désolé maman. Je veux juste que tu me pardonnes un jour. Ne sois pas malheureuse quand tu apprendras ma mort, il faut que tu souris car je n'ai pas eu cette chance. Ma mort aura au moins servit à te rendre heureuse.
Je t'aime
Mon beau-père, après m'avoir jeté aux milieux des sacs poubelles qui empestent, s'applique à brûler les traces de ma mort, ces serviettes qui avaient su éponger l'essence de ma vie. J'observe ce spectacle ne sachant que faire d'autre. Peut-être aurait mieux-t-il valu que je songe à ma vie passée mais j'avais peur de rendre ma mort encore plus mauvaise.
Une sonnerie retentit. Il décroche:
" Oui ? Ah c'est toi Lucie !"
Maman ?Je voulais crier, crier que j'étais là, que je vivais encore, que je l'aimais, oui je voulais lui dire tant de choses à présent. J'ai attendu ma mort pour ressentir le besoin de lui parler.
"Oui, c'est fait. Je brûle les preuves.
- ...
- Oh oui ne t'en fais pas je l'ai jeté à 50km de la maison avec les déchets, on ne risque pas de venir nous faire chier avec cette gamine. On prétextera une fugue, c'est courant d'nos jours, et puis c'est une gamine à problèmes tout le monde y croira.
-...
- Pour les coups ? Barf ! On aura qu'à dire qu'elle se les infligeait ! Après tout elle se scarifiait bien. Ne t'en fais pas, des pleurs ajoutés à ces excuses et tout ira bien. Nous pourrons enfin vivre en paix.
-...
- Oui moi aussi je t'aime. Je te rejoins d'que je peux, prépare le lit, ce soir on fait l'amour comme des fous."
Il émit un rire des plus désagréables avant de raccrocher.
Je vous hais. Achève moi ! Que fais tu ?! Non, ne pars pas !! Ne me laisse pas agoniser ! Tue moi !!!!!!La voiture s'éloigne rapidement me laissant seule face à la mort. Les heures passent, mon corps se refroidit, mon c½ur ralentit. J'arbore un sourire: prend moi, dévore moi, engloutit moi, mais par pitié fais vite, je t'attends.
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" Aujourd'hui, mercredi 7 octobre 2009, a été retrouvé le corps d'une jeune fille de 17 ans dans un hameau aux alentours de Carcassonne. Il semblerait qu'elle soit morte de blessures qu'elle s'auto-infligées. Les parents ont signalé sa disparition lundi, elle aurait fugué n'acceptant pas le remariage de sa mère. Nous n'avons pour l'instant pas plus d'informations sur cette tragédie, une autopsie est en cours actuellement.
Dans le reste des informations nous...."
Lucie et Pierre s'embrassaient langoureusement, satisfaits de leur acte. Ils pouvaient enfin
vivre en paix.
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Je sais que le style est spécial, mais je pense qu'écrire sur des sujets divers et variés est enrichissant.